La participation tunisienne à la 9e Exposition internationale d’importation de Chine (CIIE), organisée du 5 au 10 novembre à Shanghai, remet en lumière les perspectives commerciales offertes par le marché chinois. Huile d’olive, dattes, produits artisanaux et cosmétiques sont présentés aux professionnels et importateurs. Mais au-delà de cette opération de promotion, la Tunisie dispose-t-elle réellement des moyens de transformer l’intérêt des opérateurs chinois en contrats commerciaux et en exportations durables ? Plusieurs avancées enregistrées en 2026 ouvrent des perspectives, alors que le déséquilibre commercial entre les deux pays demeure considérable.
Un marché à fort potentiel, mais encore peu exploité
Le potentiel commercial chinois est considérable pour les entreprises tunisiennes. Selon des données du Centre de promotion des exportations (CEPEX), relayées lors de rencontres économiques organisées en juillet 2025, le potentiel inexploité d’exportation vers la Chine était estimé à 214 millions de dollars, soit environ 613,5 millions de dinars.
Dans cette estimation, l’huile d’olive représentait à elle seule 20 millions de dollars de débouchés potentiels, les produits de la mer 15 millions et les dattes 2,5 millions de dollars.
Ces perspectives contrastent avec la faiblesse des ventes tunisiennes vers ce marché. Selon une analyse de l’Observatoire tunisien de l’économie publiée en août 2026, les exportations tunisiennes vers la Chine n’ont pas dépassé 77,8 millions de dinars en 2025.
Dans le même temps, le déficit commercial avec la Chine a atteint près de 10,9 milliards de dinars, faisant de ce pays le premier partenaire de la Tunisie en matière de déficit commercial.
Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’identification des produits susceptibles d’intéresser les consommateurs chinois, mais dans la capacité des entreprises tunisiennes à accéder à ce marché et à y développer des débouchés réguliers.
Une première cargaison d’huile d’olive, au-delà de la promotion
Un premier signal concret a toutefois été enregistré en mars 2026. Une cargaison de 50 tonnes d’huile d’olive tunisienne est arrivée au port de la province chinoise du Hubei, dans le cadre d’une opération menée avec le groupe Wuhan Yangluo.
Cette expédition, annoncée par l’ambassade de Tunisie à Pékin, a été accompagnée d’une opération de promotion économique réunissant des responsables locaux et des professionnels chinois de l’importation et de la distribution alimentaire.
La province du Hubei présente un intérêt particulier en raison de sa position géographique et de son rôle de plateforme commerciale au centre de la Chine. Les opérateurs chinois présents lors de cette manifestation ont notamment manifesté leur intérêt pour les produits tunisiens et évoqué la possibilité de conclure des accords d’importation.
Cette première livraison constitue une avancée concrète dans le positionnement de l’huile d’olive tunisienne. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à démontrer l’installation d’un courant commercial régulier entre les deux marchés.
Deux mesures pour faciliter l’accès au marché chinois
La Tunisie bénéficie également d’une évolution importante des conditions commerciales depuis le 1er mai 2026. La Chine applique, pour une période de deux ans, une exemption de droits de douane sur les importations provenant de 53 pays africains, dont la Tunisie.
Cette mesure offre aux produits tunisiens une possibilité d’améliorer leur compétitivité sur le marché chinois, notamment dans les filières agroalimentaires qui étaient auparavant soumises à des droits de douane.
Une deuxième avancée concerne les formalités administratives. Le 25 juin 2026, les autorités tunisiennes et chinoises ont conclu un accord sur le modèle du certificat d’origine, document essentiel pour les opérations d’exportation.
L’harmonisation de ce document vise à simplifier les procédures, réduire les difficultés administratives et faciliter la circulation des marchandises tunisiennes vers la Chine.
Ces deux évolutions constituent des leviers importants. Elles ne dispensent toutefois pas les entreprises tunisiennes de respecter les exigences sanitaires, techniques et commerciales imposées par les autorités chinoises, ni de s’enregistrer auprès des services compétents pour obtenir les autorisations nécessaires.
Le véritable défi : passer de la visibilité aux contrats
La participation tunisienne au salon de Shanghai s’inscrit ainsi dans une démarche qui dépasse la simple exposition de produits nationaux. Les rencontres avec les importateurs, les fournisseurs et les professionnels chinois peuvent contribuer à identifier de nouveaux circuits de distribution et à préparer des partenariats commerciaux.
Mais la réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à garantir des volumes réguliers, le respect des normes chinoises, la maîtrise des coûts logistiques et le développement de marques tunisiennes capables de s’installer durablement auprès des consommateurs.
L’enjeu concerne également la valeur ajoutée. Pour l’huile d’olive notamment, le développement des exportations conditionnées et commercialisées sous des marques tunisiennes représente une piste de valorisation supplémentaire, au-delà de la seule progression des volumes expédiés.
La Chine offre donc des perspectives réelles aux exportateurs tunisiens. Entre le potentiel identifié par le CEPEX, l’arrivée d’une première cargaison d’huile d’olive, l’exemption douanière temporaire et la simplification des formalités, plusieurs conditions d’accès au marché ont évolué en 2026.
Reste désormais à mesurer les résultats : davantage de contrats, des exportations régulières et une progression effective des ventes tunisiennes. C’est à cette aune que la présence à Shanghai et les initiatives de diplomatie économique pourront être évaluées.
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