Je voudrais évoquer ce que j’appelle le théorème de Vierzon que je considère comme une constante de la relation humaine qui lie les Français et nous autres Tunisiens.
Cette vérité quasiment mathématique s’était imposée à moi alors que je me trouvais l’an dernier, dans cette ville française et depuis, j’ai pu à maintes reprises, vérifier mon théorème.
Je connais bien Paris mais assez peu le reste de la France. Bien sûr, j’ai quelques points d’appui dans l’Hexagone : Marseille, Nice, Aix-en-Provence, Le Havre, Provins, Saint-Malo, la Normandie et la région parisienne. Enfant, mon cours de géographie m’avait appris les fondamentaux français et je sais encore situer les principaux cours d’eau, les massifs montagneux et les villes et régions de France.
En ce temps, des cartes en plastique nous servaient à dessiner les contours de la France sur nos cahiers d’écoliers et les cartes postales reçues par la poste faisaient le reste pour que nos esprits galopent par monts et par vaux, des Alpes à la Manche et de la mer du nord jusqu’à la Méditerranée.
Hector Malot m’avait alors initié à la France de Vitalis, Rémy et leurs compagnons et je me surprenais à rêver de cheminer sur les routes de France et même jouer sur les places publiques avec des singes et des chiens savants. C’est par le roman que j’ai découvert le territoire français, longtemps une simple vue de l’esprit, un reflet imaginaire des Vosges, du Rhône ou des Ardennes.
De Vercingétorix à Clovis, de Charlemagne à Saint-Louis, je connais aussi bien mon histoire de France que celle de ma Tunisie. Un peu comme un métis qui aurait toujours porté ces deux pays dans son cœur, mêlant Oléron et Djerba, le Massif central et Djebel Bargou, l’Ichkeul et la Camargue.
Là n’est pas toutefois mon propos. Car ce théorème de Vierzon concerne autre chose de plus précis que les divagations d’un écolier. À ma grande surprise, à Vierzon, j’ai découvert que peu ou prou, les gens que je rencontrais avaient presque tous un lien avec la Tunisie. Certains y étaient nés, d’autres y avaient grandi, d’autres encore y comptaient des parents par alliance ou savaient retracer le parcours de grands-parents qui y avaient vécu, d’autres enfin y avaient vécu ou travaillé. Ce qui m’avait interpellé, c’est qu’il ne s’agissait pas de cas isolés mais de la majorité des personnes que j’avais rencontrées en trois jours.
Depuis, à chaque rencontre avec des Français, je vérifie s’ils ont un lien avec la Tunisie et c’est presque toujours le cas. Je trouve ce constat important car il démontre la profondeur des relations entre nos peuples, leur richesse et leur évolution grâce aux diasporas actuelles. Je pense qu’il s’agit là d’un trésor que nous devrions cultiver, dans le jardinage duquel nous aurions beaucoup à gagner, qui pourrait donner un socle puissant aux élans à venir.
Il suffit de voir ce pollen, s’en saisir et aller de l’avant. D’ailleurs, ce théorème est probablement valide avec nos voisins italiens et avec d’autres encore. De même, ce théorème fonctionne en sens inverse puisqu’il est facile de constater que quasiment toutes les familles tunisiennes ont des parents en France dont plusieurs sont d’ailleurs binationaux.
Enfin, en Tunisie, de nos jours, nos liens tissés avec la France sont solides et vivaces comme en témoignent également les nombreux Français qui vivent parmi nous.
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